La région de Tagebau Garzweiler est un site de production énergétique pour maintenir en vie une partie de l’économie d’un pays et ses habitants, mais c’est aussi un site de destruction, des gens y sont déplacés, des villages et leur écosystème anéantis pour permettre l’extension de la mine.

L’espace social et environnemental de Tagebau Garzweiler est rationalisé par la logique du temps des machines et des structures de production. C’est le temps de l’ingénierie, un temps mathématique qui fonctionne sans aucun rapport avec l’extérieur, figé dans un continuum mesurable et quantifiable au détriment de son caractère qualitatif, changeant, fluide1.

Ce temps mesuré et compté des structures et des machines qui organisent l’espace de Tagebau Garzweiler et de sa région compose la matière du film et induit un dispositif de prises de vue expérimentales et singulières. À partir de ces matériaux, la grammaire du film se construit par l’utilisation systématique et répétée de plans fixes d’une certaine durée (entre une et cinq minutes) et de panoramiques très lent qui balayent l’espace horizontalement et verticalement.

Les panoramiques très lents sont des pivots d’articulation qui assemblent les différents plansséquences..

Le film est un assemblage et une accumulation de plans en lignes et en courbes qui renvoient aux plans d’une machine, sorte de méta-image filmique du spectacle quantifié et rationalisé de la région de Tagebau-Garzweiler.



 

La logique de la durée des plans s’inscrit aussi dans le mouvement de sidération construit par le spectacle de la mine qui se prolonge dans un retour réflexif. L’image sidérante de la destruction se dissout dans la durée du plan et invite le spectateur à faire un retour sur soi, l’étendue du plan devient matière à réflexion.

Le prolongement d’un plan fixe sur une excavatrice qui balaye inlassablement le cadre pour creuser le sol rend perceptible le temps standardisé, répétitif et vide de la machine vouée à l’extraction du combustible fossile.

À l’opposé de l’abstraction machinique, l’image du film se donne comme programme de ramener dans l’image tout ce qui est qualitatif : la lumière, l’ombre, les couleurs, la transparence, tout ce qui fait la saveur de voir, de percevoir, de sentir, etc. La machine poétique du film répond à la machinerie industrielle.

L’espace sonore est construit par la collecte des sons sur le terrain lors des tournages, le bruit des machines ou les paroles échangées entre les badauds qui défilent pour admirer le point de vue offert sur le chantier de la mine.

 

Des témoignages d’habitants déplacés, obligés de quitter leur village pour construire une nouvelle vie ailleurs, font partie de la bande son. Le son est en partie synchrone et en partie asynchrone.

   
1 voir Armel Campagne, Le Capitalocène. Aux racines historiques du dérèglement climatique, éditions divergences, p.83
     
     
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